Orchestré à travers deux processus majeurs, la Troupe Erratum & le Blue Theater Project, et évoluant aussi à leur intervalle, l’ univers d’Emmanuelle Rosso est presque littéralement cette « fièvre intermittente » que porte l’étymologie du mot « protéiforme » : de ses déambulations affleure une singulière attention, curieuse de l’extraction vive d’une force poétique, à l’origine déjà de multiples investigations, d’une enfance bourguignonne à sillonner la vision des restes de spectacles du festival « Chalon Dans La Rue » à ses rencontres avec Charlemagne Palestine ou les ateliers d’écriture de Jacques Roubaud.

Lesquelles investigations actionnent conjointement, et pour l’aujourd’hui encore, les mécanismes de l’art vivant et ceux des arts plastiques ou des arts littéraires. Il en va ainsi du Blue Theater Project, constellation composée en déploiement simultané de chacun des aspects de sa pratique, selon plusieurs médiums (écriture, dessin, peinture, photographie, film, performance) et, tour à tour ou par jeu de miroirs, selon six hétéronymes afférents ; autant de jalons d’incarnation plurielle pour un royaume « in progress » d’où Emmanuelle Rosso aborde la notion d’environnement en tant que multicoloriste, invoquant le paysage comme témoin de notre impermanence, interrogeant dans un va-et-vient constant entre différentes énergies ce qui peut résister à la précarité de l’existence demain plus qu’hier. Si chaque trace ainsi produite consacre de la sorte l’enjeu de son travail, celui-ci s’offre alors tel un journal intime à ciel ouvert dans lequel les êtres et les choses sont inhérents au passage d’un feu, d’une  pluie, d’un vent ou même d’un silence. 

 Mars 2017

Nour Semere / Jérôme Bel